Michel Germain, plus fort que les mises en échec de la vie

Connaissez-vous Michel Germain ? Si vous êtes un partisan de l’Océanic de Rimouski, vous avez probablement entendu sa voix à plusieurs reprises. Michel Germain est le commentateur officiel de l’équipe de hockey junior majeur depuis 1995. Depuis maintenant 21 ans, il est aussi connu comme quelqu’un qui a vécu un drame horrible. Il a perdu sa mère, sa conjointe et sa fille dans un accident de la route.

Monsieur Germain a reçu la tragique nouvelle quelques minutes avant le début d’un match qu’il devait commenter. Il était à l’extérieur de la ville et a appris la triste nouvelle au téléphone. Il me raconte qu’il était submergé par le déni en va-et-vient durant le long trajet de retour vers la Gaspésie. Perdre un membre de sa famille est une épreuve difficile. Perdre trois membres subitement, c’est un cauchemar que peu de gens ont eu le malheur de vivre.

Affronter le pire

Lorsque je demande à Michel Germain quel était le pire moment de sa vie, il me raconte l’identification des corps qu’il a dû faire à la morgue. Il me mentionne que l’appel téléphonique qui lui apprit le décès fut très difficile également. Identifier les trois femmes de sa vie en même temps lui a donné un choc. Ce choc a mis fin à son déni. L’accident était bel et bien arrivé et elles étaient décédées. À la fin du déni, la conscience reprend le dessus.

Malgré le fait que l’identification a été une étape très difficile, les voir au salon funéraire fut différent. Voir trois personnes que l’on aime à la morgue après un accident peut être une expérience très difficile, voire traumatisante. Cependant, les voir quelques jours après, au salon funéraire, après que des thanatopracteurs aient pris soin d’elles, ce fut beaucoup mieux. Il croit que voir la ou les personnes une dernière fois est important pour les proches. Les trois femmes laissaient beaucoup de gens dans le deuil et plusieurs en avaient probablement besoin.

Jennely Germain

Il n’y a pas pire que pire

Dans le passé, Michel Germain avait dit en entrevue qu’il ne croyait pas qu’il y avait un degré dans la souffrance dans le deuil. Je lui ai demandé s’il croyait toujours que perdre un proche faisait aussi mal que d’en perdre trois. « Oui. Tout à fait. Je suis convaincu de cela. En perdant trois personnes à la fois, c’est quand même trois deuils différents et individuels. C’est le summum de la peine. C’est une douleur qui t’affecte à 100 %. Tu ne peux pas avoir plus de peine que cela. Perdre un être cher, même si c’est seulement un, tu ressens aussi 100 % de peine. » Il tient quand même à mentionner que cela est son interprétation du deuil. Il est choqué un peu quand des gens en deuil se comparent à lui en disant : « mais toi, c’est pire ! » Le pire deuil est celui que tu as à vivre d’un être cher. Il ne croit pas que la peine peut se multiplier.

Trouver de l’aide

En discutant avec Michel Germain, on discute forcément d’une madame Castonguay. Il affirme que cette dame est l’une des trois personnes qui lui ont sauvé la vie. Qui est-elle ? Une psychologue. Je lui demande ce qu’il dirait aux gens qui hésite à demander l’aide d’un professionnel. « Il faut déterminer si c’est trop gros pour soi. Est-ce que je contrôle encore tout ou si l’évènement est trop pour moi. » Parler c’est important. Parfois, parler à une personne neutre qui n’est pas impliquée émotionnellement peut être la meilleure solution. Je lui ai demandé de donner un conseil aux gens qui vivent un deuil difficile et il me répond : « le deuil est difficile par définition ». « Il n’y a pas de deuil facile. Que le deuil soit d’une personne ou de trois personnes, il faut consulter. » Il m’explique qu’il a eu le numéro de téléphone de cette psychologue par un proche et par un hasard, il est tombé sur la personne la plus qualifiée pour l’accompagner dans son processus de deuil. Il finit en disant : « si tu ne consultes pas, tu ne te donnes pas une chance… »

Vivre avec

Plusieurs personnes tentent de déterminer la durée du deuil. Un an, trois ans, le 1/3 du temps que la personne fut dans ta vie, etc. J’ai demandé à Michel Germain s’il pensait que l’on se remettait de ce type de deuil ou si l’on apprenait à vivre avec. « Nous devrions tous rayer de notre vocabulaire : passer à travers son deuil. On ne passe pas à travers un deuil. » Le deuil n’est pas un cadre de porte que l’on traverse et que si l’on ne se retourne pas, il disparaitra. « On se retourne toujours. On parlera toujours de la personne qui est partie. » « Après 21 ans, je pleure encore. De façon plus espacée et plus en contrôle de la situation, mais je pleure encore parfois, quand je suis seul. » Certains souvenirs peuvent parfois faire resurgir les émotions. C’est bien normal. Un jour, il a même demandé à sa psychologue, madame Castonguay, combien de temps cela allait durer. Combien de temps doit-on être en deuil ? Elle lui a répondu : « Le deuil, ça dure toujours, jusqu’à votre finalité. » Un deuil ne finit pas, on apprend à vivre avec.

Une fondation, pour laisser une trace

Depuis cet automne, Michel Germain travaille sur un projet d’envergure, mais surtout un projet qui lui tient à cœur. Étant enfant unique et n’ayant plus de descendant à la suite de la mort de sa fille, sa lignée s’éteindra avec son futur départ. Il avait une certaine peur que les gens oublient. Il souhaite que malgré que sa fille ait vécu seulement neuf ans, elle laisse une trace. Il veut que son esprit continu de vivre. C’est pourquoi il a décidé de créer la Fondation Jennely Germain.

La cause fut choisie par Jennely, dans un sens. Michel Germain n’avait jamais vraiment remarqué la pauvreté présente dans la vallée de la Matapédia. Pour lui, la pauvreté, c’était ce que l’on voyait à la télévision dans d’autres pays. C’est Jennely, sa fille, qui lui mentionnait que certains amis n’avaient pas beaucoup à manger pour le diner à l’école. C’est pourquoi il veut que la fondation vienne en aide aux enfants de la Matapédia qui ne mangent pas à leur faim. De gros noms ont déjà apporté un soutien à la cause ; Brad Richards et Vincent Lecavalier, anciens joueurs de l’Océanic de Rimouski, ont fait un don important. Pour suivre les réalisations de la fondation, rendez-vous sur leur page Facebook !

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de Michel Germain, je vous invite à écouter son histoire complète. Un merci bien spécial à monsieur Germain d’avoir pris le temps de répondre aux questions et bons succès à sa fondation !