Pour bien mourir, il faut parler de la mort

Nous ne savons pas comment nous allons quitter cette terre. Tout le monde désire mourir à 105 ans, dans son sommeil, entouré des gens qu’on aime, en ayant encore toute sa tête et aucune maladie souffrante. Malheureusement, cette mort est utopique et peu de gens auront une mort qui leur plait. Il faut en parler. Certains vont mourir d’un accident ou d’une longue maladie, d’autres vont mourir d’un ACV grave. Certaines personnes nous quitteront jeunes, sans même avoir profité de leur retraite. Impossible de savoir la façon dont nous partirons, mais dans la grande majorité des cas, cela sera trop tôt et cela blessera des gens.

Si la mort parfaite et utopique représentait la grande majorité des départs, les deuils seraient souvent différents. En étant honnêtes avec la situation actuelle, nous devons nous préparer à un départ plus difficile. Selon Statistique Canada, voici les dix causes de décès au Canada :

  1. Cancer
  2. Maladie du cœur
  3. ACV / Maladie cérébrovasculaire
  4. Maladie chronique des voies respiratoires
  5. Accidents
  6. Diabète
  7. Alzheimer
  8. Grippe et pneumopathie
  9. Suicide
  10. Maladies liées aux reins

Cette liste représente environ 75% des décès. Le cancer, à lui seul, représente environ 30% des décès du Canada. Ces chiffres nous démontrent une chose, nous allons fort probablement mourir d’une façon qui nous déplait.

En parler avec ses proches

Nos proches seront confrontés à notre départ. En ignorant cette réalité, nous nous plaçons dans une situation bien difficile. En refusant d’admettre que notre départ risque d’être pénible pour nos proches, nous leur laissons un deuil difficile à venir. Les accidents sont en cinquième place pour les raisons de décès. Une personne proche de vous pourrait décéder demain, en traversant la rue ou tombant dans un escalier. Seriez-vous prêt à faire face à ce type de mort accidentelle ? Personne n’est réellement prêt à perdre soudainement un proche. En avoir parler peut cependant aider les proches à prendre de bonnes décisions.

Pour bien mourir, vous devez en parler. Bien mourir pour moi signifie : partir sans laisser les proches dans un deuil problématique. Trop souvent, les gens décèdent sans jamais avoir abordé le sujet de la mort avec leur proche. « Maman voulait-elle être inhumée traditionnellement ou préférait-elle une crémation après les funérailles ? » Personne ne sait la réponse. Cela crée de la discorde dans la famille et laisse les proches avec un sentiment d’inconfort. Parfois, les gens prennent alors de mauvaises décisions et le regrettent plus tard. « On l’a vu mourir à la maison de soin palliatif, pas besoin de la revoir. » Est-ce que TOUS ces proches l’ont vue ? Non. Est-ce que d’autres en auraient eu besoin pour faire un deuil sain ? Probablement.

Parler de votre vision de la mort

Connaissez-vous les dernières volontés de ceux qui vous sont chers ? Personnellement, j’ai toujours averti mes proches de ce qui me plairait. J’aimerais avoir une inhumation traditionnelle, dans un cercueil en bois. J’aimerais que la musique que j’aime soit jouée lors de mon exposition. J’aimerais que tous puissent avoir le temps de me dire au revoir, en personne, lors d’une exposition avec mon corps. J’ai pris cette décision, car je sais qu’à l’inverse, si c’est moi qui dois leur dire au revoir, j’aurai besoin de les voir une dernière fois. J’ai aussi mentionné à mon conjoint que j’aurais besoin de temps pour le voir si c’était lui qui quittait avant moi. Cette discussion ne nous a pas fait mourir ! Bien au contraire. Nous avons appris les besoins de l’autre si jamais une mort rapide arrivait. Demain, je ne serais pas prête à perdre mon conjoint, mais de savoir ce qu’il désire aiderait grandement le processus de décision.

Informez-vous

Les gens ne sont pas, ou très peu, informés sur les options funéraires existantes. Avant, la religion catholique dictait à la minute près ce qui se passait lors de la mort d’un proche. Les gens ont voulu prendre leur décision eux-mêmes. Les gens ont voulu avoir plus d’options. Maintenant que ces options sont là et qu’ils ont la liberté de choisir, les gens sont souvent perdus. Sans connaitre les options, ils se retrouvent devant plusieurs choix à faire en un court laps de temps. Ces décisions seront importantes pour leur deuil et le deuil de tous ceux qui ont connu la personne décédée. Certains critiquent le fait que ces décisions doivent être prises dans un moment émotif. Avec une espérance de vie de 82 ans au Canada, vous avez le temps de vous informer. Vous pouvez lire sur le sujet, vous pouvez demander des informations auprès des maisons funéraires et vous pouvez consulter des spécialistes du deuil. C’est à nous, en tant qu’humain et en tant que société, d’aborder le sujet de la mort pour collectivement mieux mourir.